Les Nouvelles Vénitiennes (16) : Blondes

Les Nouvelles Vénitiennes

J’aime à répéter : « Je n’accorde qu’une impor­tance rel­a­tive à la beauté physique des femmes. Ce qui importe, c’est juste qu’elles aient un corps de rêve. Après tout, on ne leur demande pas grand chose ». Cette cita­tion est extraite de Pen­sées pro­fondes et autres, dont je suis égale­ment l’auteur.

Masque de renard - Blondes - Carnaval de Venise
Masque de renard — Car­naval de Venise

On ne saurait évo­quer la cité des Doges sans par­ler des femmes et de leur fameuse blondeur véni­ti­enne. À pro­pos, savez-vous com­ment les belles locales obte­naient cette décol­oration du pig­ment pour avoir cette couleur flam­boy­ante, entre le roux et l’auburn ? Comme tous les secrets de beauté, vous risquez, messieurs, d’être pass­able­ment déçus… Fig­urez-vous que les dames expo­saient au soleil leur chevelure sur de petites ter­rass­es en bois comme on en voit tant sur les toits de Venise, pour que le soleil catal­yse une pré­pa­ra­tion spé­ciale dont elle s’enduisait la tig­nasse à base.… d’urine de chat ou de cheval ! N’en déplaise à L’Oréal, est-ce que ça le vaut bien ?

Quand vous savez par ailleurs que le rouge à lèvres « bais­er fougueux » qu’elles por­tent a été rigoureuse­ment testé sur des anus de singe car la tex­ture est celle qui se rap­proche le plus des lèvres pulpeuses humaines, que leurs crèmes hydratantes, de beauté, de jour, de nuit, au lait d’ânesse et autres plaisan­ter­ies au monoï se font, soit à par­tir de graiss­es ani­males divers­es, soit à par­tir de résidus de pét­role, ça vous la coupe ou, du moins, cela vous donne un bon pré­texte pour ne pas assur­er.

Mais, côté viril­ité, nous n’avons qua­si­ment rien à envi­er à Gia­co­mo Casano­va et ses soix­ante-qua­torze maîtress­es recen­sées. Franche­ment, s’il nous fal­lait nous van­ter de toutes nos con­quêtes, exploits et fan­taisies amoureuses, les dix-neuf vol­umes de ses Mémoires feraient un petit peu « petit bras », voire « petit joueur ». Mais nous, nous savons rester dis­crets et ce n’est sûre­ment pas notre genre de nous van­ter. Gia­co­mo a comme excuse val­able d’avoir été incar­céré dans les fameux plombs de la Sérénis­sime. C’est sûr que quand on a pas grand chose à faire, on peut se la péter en écrivant ses Mémoires. Mais, en dehors de cela, pourquoi faire des jaloux ?

Blondes

Notre héroïne s’appelait Isabela et bouquinait dis­traite­ment l’Alchemia des deside­rio de Tarun Tej­pal. Comme si on avait besoin d’un bouquin pour pra­ti­quer la chose… À la lim­ite d’un mode d’emploi pour éviter la sur­chauffe ou une notice pour appren­dre à ménag­er des paus­es, mais pourquoi tant d’inutiles et vains traités ?

Isabela était, comme vous l’imaginez, d’une beauté raf­finée, entre Raphaël et Bot­ti­cel­li, si vous voyez le genre. Franche­ment, moi j’aime plutôt ce genre-là, avec cet exci­tant côté inno­cent et angélique qui laisse devin­er un tem­péra­ment démo­ni­aque, pro­pre à défi­er mon esprit con­quérant. Ce n’est pas pour des pruneaux que des intimes con­nais­seuses m’ont surnom­mé « le Mag­nifi­co »

Pour en revenir à notre séraphique beauté, ras­surez-vous, je me dois de la ménag­er et elle ne fini­ra ni vio­lée, ni découpée en morceaux, même pas défen­estrée par une rivale, hachée menu par une série de ser­i­al killers ou tout sim­ple­ment rouleau-com­pressée par sa Fiat Uno lors d’un rocam­bo­lesque caram­bo­lage sur l’autoroute. Non, il ne lui arrivera rien de tout cela et nous l’épargnerons. D’ailleurs, que voulez-vous qu’il arrive à une blonde qui passe son temps à se décol­or­er en lisant des stu­pid­ités au lieu d’investir dans de sérieux ouvrages de référence comme celui-ci ? Non, il ne lui était jamais rien arrivé de sig­ni­fi­catif dans sa banale vie de blonde et il ne lui arriverait jamais rien. Et voilà une his­toire qui finit bien. Rassuré(e)s, n’est-ce pas ?

« Blondes », seiz­ième et dernier épisode des Nou­velles Véni­ti­ennes de Maître Renard.
 — Lire la nou­velle précé­dente : Pic­co­lo Trav­elo.