Débat Royal — Sarkozy : une gagnante, un perdant.

N’en déplaise aux com­men­ta­teurs qui n’osent tranch­er, un débat sup­pose un gag­nant et un per­dant. Ce que Ségolène Roy­al avait bien com­pris lorsque, same­di dernier, elle avait souhaité qual­i­fi­er sa ren­con­tre avec François Bay­rou de “dia­logue”, ne cher­chant pas à appa­raître comme supérieure à son inter­locu­teur.

Mais hier soir la donne était tout autre, car l’enjeu était avant tout de con­va­in­cre, les indé­cis, l’adversaire, son pro­pre camp, au-delà même…

N’étant pas de ces “fran­ciliens du cen­tre” qui iront vot­er avec leur carte orange dimanche, ayant d’ailleurs pen­sé vot­er Voynet au deux­ième tour, sur les con­seils avisés du Renard, j’irai finale­ment, sans état d’âme, accorder ma con­fi­ance à (souhaitons-le) la pre­mière prési­dente de la République de notre his­toire, car même en se voulant étranger à toute logique par­ti­sane, il arrive un moment où “gou­vern­er, c’est choisir”, tant il est vrai que la démoc­ra­tie c’est le pou­voir du peu­ple par le peu­ple, et que celui-ci doit aujourd’hui don­ner son avis.

Si vous êtes encore dans l’expectative, Les Fab­u­la­tions de Lafontanelle vous pro­posent de revoir ci-après l’intégralité de ce débat d’entre-deux tours entre Ségolène Roy­al et Nico­las Sarkozy, ain­si qu’une analyse de celui-ci par la rédac­tion de Mar­i­anne.


Débat prési­den­tiel : l’inversion des rôles

On s’attendait à tout, mais sans doute pas à ça. Lors du fameux débat de l’entre deux tours, Nico­las Sarkozy s’est révélé aus­si calme que Ségolène Roy­al s’est mon­trée déter­minée.

marianne bandeau

Arlette Chabot et Patrick Poivre d’Arvor avaient prévu d’aborder suc­ces­sive­ment plusieurs thèmes au cours du débat, tant atten­du, de l’entre-deux tours, entre Ségolène Roy­al et Nico­las Sarkozy. Peut-être aus­si avaient-ils pré­paré des ques­tions, mais le choc des can­di­dats, pro­jet con­tre pro­jet, pen­dant deux heures et quar­ante min­utes, ne leur en a pas vrai­ment laiss­er la pos­si­bil­ité. Si Nico­las Sarkozy, mieux placé dans les sondages, est resté sur la réserve tout au long de l’émission, Ségolène Roy­al est mon­tée au créneau à plusieurs repris­es, haus­sant par­fois le ton et don­nant finale­ment le tem­po de la dis­cus­sion.

L’insécurité s’invite par la gauche

Après une mise en jambe sur la ques­tion des insti­tu­tions, la pre­mière passe d’arme a lieu lorsque Ségolène Roy­al prend pour exem­ple celui des policiers et attaque l’ancien min­istre de l’Intérieur sur son bilan. « Pourquoi le com­mis­sari­at de Clichy que vous avez promis n’est tou­jours pas ouvert ? », inter­roge-t-elle, citant les deux vio­ls de femmes policiers qui ont trag­ique­ment trou­blé l’actualité récente. « Si je suis élue demain prési­dente de la République, les agents publics seront pro­tégés et en par­ti­c­uli­er les femmes. Elles seront rac­com­pa­g­nées à leur domi­cile lorsqu’elles sor­tent tar­di­ve­ment des com­mis­sari­ats de police. » Nico­las Sarkozy ren­voie la balle : « J’ai trou­vé une sit­u­a­tion qui était cat­a­strophique et qui était pour beau­coup dans la défaite de vos amis. Si, en 2002, les Français n’ont même pas qual­i­fié le Pre­mier min­istre que vous soute­niez pour le deux­ième tour, il y avait bien une rai­son : c’est parce que la délin­quance et la vio­lence avaient explosé. » Fin du pre­mier round. Con­ver­sa­tion à bâtons rom­pus : très vite, on dérive sur l’économie. Les 35 heures pointent alors leur nez.

Ironie sur la « pré­ci­sion »

Deux­ième passe d’arme. Nico­las Sarkozy pro­pose de con­serv­er la durée du tra­vail « comme un min­i­mum » mais de « per­me­t­tre aux Français de tra­vailler plus pour gag­n­er plus » en octroy­ant des déduc­tions fis­cales sur les heures sup­plé­men­taires. « Un pro­jet qui coûte cinq mil­liards d’euros » selon la can­di­date social­iste, qui ajoute : « Si vous pensez que les 35 heures ont fait tant de dégâts, pourquoi, vous, ne les avez-vous pas sup­primées ? » La can­di­date, elle, refuse de pren­dre posi­tion sur le sujet, préférant met­tre en avant une « dis­cus­sion avec les parte­naires soci­aux » comme préal­able à toute mod­i­fi­ca­tion de la durée du tra­vail. « C’est d’une pré­ci­sion boulever­sante », lance, non sans ironie, Nico­las Sarkozy. Le débat s’enlise ensuite sur les retraites et leur mode de finance­ment. Mais les deux can­di­dats trou­vent, à couteaux tirés, un point d’accord : la réforme des régimes spé­ci­aux, que Ségolène Roy­al promet de sup­primer.

Échauf­fourée nucléaire

La joute se pour­suit et monte en puis­sance sur l’environnement. L’accrochage s’amorce lorsque Nico­las Sarkozy pose la ques­tion du nucléaire et plus pré­cisé­ment de l’EPR. « Est-ce que vous con­firmez la part du nucléaire ? » inter­roge le can­di­dat de l’UMP. Ségolène Roy­al pro­pose d’augmenter « la part des éner­gies renou­ve­lables », tout en con­ser­vant les cen­trales nucléaires français­es. La can­di­date ques­tionne alors son adver­saire : « Quelle est la part du nucléaire ?, demande-t-elle, vous ignorez la part du nucléaire ? » « La moitié de notre élec­tric­ité », répond Nico­las Sarkozy. « 17% » rec­ti­fie Ségolène Roy­al. En réal­ité, le nucléaire représente entre 70 et 80% de l’électricité française, et 17% de l’ensemble des éner­gies, hydro­car­bu­res com­pris, mais l’escarmouche a, une fois de plus, mon­tré la déter­mi­na­tion de Ségolène Roy­al.

Explo­sion : la « saine colère »

Le moment d’anthologie de ce débat a lieu un peu plus tard, sur le thème de l’éducation. Lorsque Nico­las Sarkozy pro­pose un droit oppos­able pour les familles d’enfants hand­i­capés qui ne peu­vent pas sco­laris­er leur enfant, la can­di­date social­iste explose. « Je suis scan­dal­isée parce que je viens d’entendre ! », lâche-t-elle. Elle accuse son adver­saire de s’être opposé au plan Han­d­is­col qu’elle avait pré­paré lorsqu’elle était min­istre. « Non Mon­sieur Sarkozy, tout n’est pas pos­si­ble dans la vie poli­tique. Cet écart entre le dis­cours et les actes n’est pas accept­able surtout quand il s’agit des enfants hand­i­capés. Ce n’est pas accept­able et je suis très en colère ! », lance la can­di­date, « On atteint le sum­mum de l’immoralité poli­tique ». Nico­las Sarkozy reste calme, par­fois ironique, mais l’accuse de « per­dre ses nerfs ». « Je ne m’énerve pas, je me révolte », assume Ségolène Roy­al qui assure avoir gardé sa « capac­ité de révolte intacte ».

Au final, dif­fi­cile de dire si la presta­tion énergique de Ségolène Roy­al aura emporté l’adhésion des indé­cis qui per­sis­tent peut-être encore. Mais il a sur­pris électeurs et téléspec­ta­teurs par la vivac­ité des échanges et pris à rebours tous ceux qui s’attendaient à voir Nico­las Sarkozy per­dre son calme, et Ségolène Roy­al s’en laiss­er rabat­tre

Source : Débat prési­den­tiel, l’inversion des rôles, Mar­i­anne


Auteur : Lafontanelle

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