La Françafrique de Tonton Sarko… (1)

Ce mois-ci, le coléop­tère vous pro­pose un peu de lec­ture en prove­nance directe de l’autre bord de la Méditer­ranée, suite au dis­cours pronon­cé par Speedy Sarko à Dakar le 24 juil­let 2007.

L’intégralité de l’article est vis­i­ble sur Le Mes­sager mais vous est présen­té ici en cinq par­ties, afin de sus­citer réflex­ions… et réac­tions.

Lors de sa récente vis­ite de tra­vail en Afrique sub­sa­hari­enne, le prési­dent de la République française, Nico­las Sarkozy, a pronon­cé à Dakar [le 24 juil­let 2007, ndlr] un dis­cours adressé à “l’élite de la jeunesse africaine”. Ce dis­cours a pro­fondé­ment choqué une grande par­tie de ceux à qui il était des­tiné, ain­si que les milieux pro­fes­sion­nels et l’intelligentsia africaine fran­coph­o­ne. Viendrait-il à être traduit en anglais qu’il ne man­querait pas de causer des con­tro­ver­s­es bien plus soutenues compte tenu des tra­di­tions de nation­al­isme, de panafrican­isme et d’afrocentrisme plus ancrées chez les Africains anglo­phones que chez les fran­coph­o­nes. Achille Mbe­m­be* en fait, ici, une cri­tique argu­men­tée.

Sarkozy l'Africain

En auraient-ils eu l’opportunité, la majorité des Africains fran­coph­o­nes aurait sans doute voté con­tre Nico­las Sarkozy lors des dernières élec­tions prési­den­tielles français­es. Ce n’est pas que son con­cur­rent d’alors, et encore moins le par­ti social­iste, aient quoi que ce soit de con­va­in­cant à dire au sujet de l’Afrique, ou que leurs pra­tiques passées témoignent de quelque volon­té que ce soit de refonte rad­i­cale des rela­tions entre la France et ses ex-colonies. Le nou­veau prési­dent français aurait tout sim­ple­ment payé cher son traite­ment de l’immigration lorsqu’il était le min­istre de l’intérieur de Jacques Chirac, ses col­lu­sions avec l’extrême droite raciste et son rôle dans le déclenche­ment des émeutes de 2005 dans les ban­lieues de France.

Pour sa pre­mière tournée en Afrique au sud du Sahara, il a donc atter­ri à Dakar précédé d’une très mau­vaise répu­ta­tion — celle d’un homme poli­tique agité et dan­gereux, cynique et bru­tal, assoif­fé de pou­voir, qui n’écoute point, dit tout et le dou­ble de tout, ne lésine pas sur les moyens et n’a, à l’égard de l’Afrique et des Africains, que con­de­scen­dance et mépris. Mais ce n’était pas tout. Beau­coup étaient égale­ment prêts à l’écouter, intrigués sinon par l’intelligence politi­ci­enne, du moins la red­outable effi­cac­ité avec laque­lle il gère sa vic­toire depuis son élec­tion. Sur­pris par la nom­i­na­tion d’une Rachi­da Dati ou d’une Rama Yade au gou­verne­ment (même si à l’époque colo­niale il y avait plus de min­istres d’origine africaine dans les cab­i­nets de la république et les assem­blées qu’aujourd’hui), ils voulaient savoir si, der­rière la manœu­vre, se pro­fi­lait un grand des­sein à une véri­ta­ble recon­nais­sance, par la France, du car­ac­tère mul­tira­cial et cos­mopo­lite de sa société.

Il était donc atten­du. Dire qu’il a déçu est une litote. Certes, le car­tel des satrapes (d’Omar Bon­go, Paul Biya et Sas­sou Ngues­so à Idris Déby, Eyadé­ma Fils et les autres) se félicite de ce qui appa­raît claire­ment comme le choix de la con­ti­nu­ité dans la ges­tion de la Françafrique — ce sys­tème de cor­rup­tion réciproque qui lie la France à ses affidés africains. Mais si l’on en juge par les réac­tions enreg­istrées ici et là, les édi­to­ri­aux, les cour­ri­ers dans la presse, les inter­ven­tions sur les chaînes de radios privées et les débats élec­tron­iques, une très grande par­tie de l’Afrique fran­coph­o­ne à com­mencer par la jeunesse à laque­lle il s’est adressé, a trou­vé ses pro­pos franche­ment choquants. Et pour cause. Dans tous les rap­ports où l’une des par­ties n’est pas assez libre ni égale, le viol sou­vent com­mence par le lan­gage, un lan­gage qui, sous pré­texte d’amitié, s’exempte de tout et s’auto-immunise tout en faisant porter tout le poids de la cru­auté au plus faible.

Source : Le Mes­sager
*Achille MBe­m­be est un uni­ver­si­taire camer­ounais de renom­mée inter­na­tionale. Spé­cial­iste d’histoire, mais aus­si de sci­ences poli­tiques, il est âgé d’une quar­an­taine d’années. Diplômée de La Sor­bonne en France, il a enseigné à l’université de Yaoundé au Camer­oun. Il est actuelle­ment pro­fesseur tit­u­laire aux uni­ver­sités de Wit­wa­ter­srand, à Johan­nes­burg (Afrique du Sud), directeur de recherche au Wit­wa­ter­srand Insti­tute for Social and Eco­nom­ic Research (WISER) et pro­fesseur tit­u­laire à l’université d’Irvine, Cal­i­fornie (USA)


Auteur : Lafontanelle

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