La Françafrique de Tonton Sarko… (4)

Ce mois-ci, le coléop­tère vous pro­pose un peu de lec­ture en prove­nance directe de l’autre bord de la Méditer­ranée, suite au dis­cours pronon­cé par Speedy Sarko à Dakar le 24 juil­let 2007.

L’intégralité de l’article est vis­i­ble sur Le Mes­sager mais vous est présen­té ici en cinq par­ties, afin de sus­citer réflex­ions… et réac­tions. (cliquez ici pour lire le début de l’article).

La poli­tique de l’ignorance

Le dis­cours se déroule donc dans une béat­i­fique volon­té d’ignorance de son objet, comme si, au cours de la deux­ième moitié du XXe siè­cle, l’on n’avait pas assisté à un développe­ment spec­tac­u­laire des con­nais­sances sur les muta­tions, sur la longue durée, du monde africain.

Je ne par­le pas de la con­tri­bu­tion des chercheurs africains eux-mêmes à la con­nais­sance de leurs sociétés, ni de la cri­tique interne de leurs cul­tures – cri­tique à laque­lle cer­tains d’entre nous ont con­tribué. Je par­le des mil­liards de son pro­pre tré­sor que le gou­verne­ment français a com­mis dans cette grande œuvre et ne m’explique guère com­ment, au terme d’un tel investisse­ment, on peut encore, aujourd’hui, par­ler de l’Afrique en des ter­mes aus­si peu intel­li­gents.

Que cache cette poli­tique de l’ignorance volon­taire et assumée ?

Com­ment peut-on se présen­ter à l’université Cheikh Anta Diop de Dakar au début du XXIe siè­cle et par­ler à l’élite intel­lectuelle africaine comme si l’Afrique n’avait pas de tra­di­tion intel­lectuelle et cri­tique pro­pre et comme si Sen­g­hor et Cama­ra Laye étaient les derniers mots de l’intelligence africaine au cours du XXe siè­cle ?

Par ailleurs, où sont donc passées les con­nais­sances accu­mulées au cours des cinquante dernières années par l’Institut de Recherche sur le Développe­ment, les lab­o­ra­toires du Cen­tre Nation­al de la Recherche Sci­en­tifique, les nom­breux appels d’offres thé­ma­tiques réu­nis­sant chercheurs africains et français qui ont tant servi à renou­vel­er notre con­nais­sance du con­ti­nent – ini­tia­tives sou­vent généreuses aux­quelles il m’est d’ailleurs arrivé, plus d’une fois, d’être asso­cié ?

Com­ment peut-on faire comme si, en France même, Georges Balandi­er n’avait pas mon­tré, dès les années cinquante, la pro­fonde moder­nité des sociétés africaines ; comme si Claude Meil­las­soux, Jean Copans, Emmanuel Ter­ray, Pierre Bonafé et beau­coup d’autres n’en avaient pas démon­té les dynamiques internes de pro­duc­tion des iné­gal­ités ; comme si Cather­ine Coquery-Vidrovitch, Jean-Suret Canale, Almei­da Topor et plusieurs autres n’avaient pas mis en évi­dence et la cru­auté des com­pag­nies con­ces­sion­naires, et les ambigüités des poli­tiques économiques colo­niales ; comme si Jean-François Bayart et la revue Poli­tique africaine n’avaient pas tor­du le cou à l’illusion selon laque­lle le sous-développe­ment de l’Afrique s’explique par son “désen­gage­ment du monde” ; comme si Jean-Pierre Chré­tien et de nom­breux géo­graphes n’avaient pas admin­istré la preuve de l’inventivité des tech­niques agraires sur la longue durée ; comme si Alain Dubres­son, Annick Osmont et d’autres n’avaient pas décrit, patiem­ment, l’incroyable métis­sage des villes africaines ; comme si Alain Marie et les autres n’avaient pas mon­tré les ressorts de l’individualisme ; comme si Jean-Pierre Warnier n’avait pas décrit la vital­ité des mécan­ismes d’accumulation dans l’Ouest-Cameroun et ain­si de suite.

Source : Le Mes­sager
*Achille MBe­m­be est un uni­ver­si­taire camer­ounais de renom­mée inter­na­tionale. Spé­cial­iste d’histoire, mais aus­si de sci­ences poli­tiques, il est âgé d’une quar­an­taine d’années. Diplômée de La Sor­bonne en France, il a enseigné à l’université de Yaoundé au Camer­oun. Il est actuelle­ment pro­fesseur tit­u­laire aux uni­ver­sités de Wit­wa­ter­srand, à Johan­nes­burg (Afrique du Sud), directeur de recherche au Wit­wa­ter­srand Insti­tute for Social and Eco­nom­ic Research (WISER) et pro­fesseur tit­u­laire à l’université d’Irvine, Cal­i­fornie (USA)


Auteur : Lafontanelle

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