Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (16) : Drôles de pèlerins

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Si le pèleri­nage de la Pen­tecôte est sacré, celui de Saint-Jacques de Com­postelle l’est beau­coup moins. Allez savoir pourquoi, mais les autorités religieuses en font bien moins cas que le rassem­ble­ment des tra­di­tion­al­istes.

Cela est si vrai que Chartres n’est pas vrai­ment sur le chemin de Saint-Jacques, en tout cas pas sur l’une des qua­tre routes offi­cielles royales. La plus proche priv­ilégie la voie qui part de la Tour Saint-Jacques à Paris pour aller sur Tours via Orléans.

La taille de la cité et la répu­ta­tion de la Pucelle ont eu stratégique­ment rai­son du voile de la Vierge. On peut imag­in­er qu’une par­tie du dés­in­térêt de l’épiscopat local résulte de ce choix ini­tial. Pour­tant, la dimen­sion européenne et charis­ma­tique de la route de la Coquille ne pou­vait qu’être un atout majeur pour la cité des Car­nutes. De plus, au fil des ans, l’intérêt pour ce pèleri­nage s’accentue et les chiffres de fréquen­ta­tion par­lent d’eux-mêmes.

À quoi doit-on cette relance du tourisme mys­tique ? Tout à la fois au fait qu’il cor­re­spond à une volon­té de plus en plus affir­mée de pren­dre le temps, de réfléchir sur soi et d’employer son temps libre à des expéri­ences spir­ituelles, physiques et de décou­vertes plus authen­tiques qu’un séjour tout com­pris au Club Med’.

Et puis cette dimen­sion trans­frontal­ière, la foi tran­scen­dant les pays, est cer­taine­ment une dimen­sion sup­plé­men­taire qui cristallise et réu­nit con­crète­ment la com­mu­nauté chré­ti­enne. Avec peut-être l’idée sous-jacente de mon­tr­er au monde musul­man que le chris­tian­isme aus­si sait rassem­bler et reste vivant…

Coquillard - Emblème des chemins de Saint-Jacques de Compostelle (Muszla Jakuba)

Mais, en ce bas monde, je ne vous apprends rien, nul n’est par­fait. Les pèlerins ne sont pas tous motivés par de saintes inten­tions. d’aucuns ont bien com­pris qu’on pou­vait aus­si jouer sur l’inépuisable filon de la générosité et de la naïveté.

En effet, les pèlerins de Saint-Jacques, les Coquil­lards, ceux qui déci­dent de faire tout ou par­tie de la route jusqu’en Espagne for­ment une sorte de com­mu­nauté. Ils sont mus par d’autres valeurs que celles de l’argent et du matéri­al­isme. Le partage, la réduc­tion des besoins à l’essentiel font par­tie des nou­velles valeurs qu’ils ont l’occasion d’expérimenter et de met­tre en pra­tique. Et, sur le chemin, il suf­fit d’être de ces voyageurs pour voir des portes s’ouvrir spon­tané­ment, de con­stater la dif­férence avec notre vie sociale habituelle. On ne refuse ni un bout de pain ni un repas, pas plus qu’un lit ou un toit à celui qui fait le chemin. On tend la main et on fait plus volon­tiers sa b.a. en ouvrant son porte-mon­naie.

Le coquil­lard — du nom de l’emblématique coquille Saint-Jacques -, lui, est hum­ble­ment vêtu, trim­bale un sac-à-dos d’une douzaine de kilos et se dis­tingue par son emblème, son bâton de pèlerin et sa carte qui atteste les dif­férentes étapes où il est passé, à coups de tam­pons. Le but ultime est de com­pléter ce car­net de route comme le car­net d’images Pani­ni de votre enfance.

Quelques petits malins ont com­pris l’intérêt de la chose et sont devenus des coquil­lards par­a­sites pro­fes­sion­nels, vivant de la char­ité et se faisant inviter gratis pro deo, gîte et cou­vert assurés. Cer­tains ne quit­tent jamais leur région, fab­ri­quant de fauss­es cartes de pèlerins pro, avec des tam­pons con­fec­tion­nées à l’aide de pommes de terre, comme aux plus beaux jours de La Grande Éva­sion. Peu importe à ces faus­saires de gag­n­er la Gal­ice et la terre promise sur les bor­ds de la Cantabrique : ils entre­ti­en­nent le mythe sachant que, par le passé, brig­ands de grands chemins, détrousseurs et autres malan­drins eux aus­si suiv­aient à la trace ces pau­vres bougres de pèlerins qui, s’ils ne per­daient pas tou­jours grand chose ou la vie, se fai­saient plumer aisé­ment sur ces itinéraires bal­isés mais nulle­ment sécurisés. À la Grâce de Dieu !

Ils étaient donc des proies faciles, des vic­times toutes désignées. Quant à Saint-Jean-Bap­tiste, le pro­tecteur des voyageurs, il devait regarder ailleurs…

Illus­tra­tion : Coquil­lard — Emblème des chemins de Saint-Jacques de Com­postelle (Mus­zla Jaku­ba), Skarabeusz (2006), [GFDL, CC-BY-SA-3.0 ou CC-BY-SA-2.5–2.0–1.0], via Wiki­me­dia Com­mons.


1 pensée sur “Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (16) : Drôles de pèlerins”

  1. Ping : Homepage