Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (17) : Donateurs

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Une cathé­drale, c’est au moins autant un prob­lème mys­tique qu’un prob­lème économique. Certes la Foi soulève des mon­tagnes mais, sans de généreux dona­teurs, elle n’aurait pas empilé les pier­res de Berchères !

Cathédrale de Chartres par Jean-Baptiste Camile Corot (1830)
Cathé­drale de Chartres par Jean-Bap­tiste Camile Corot (1830)

C’est la générosité des fidèles qui a fait des mer­veilles pour Notre-Dame de Chartres comme pour tous les édi­fices religieux. Un réc­it latin du début du XII­Ie siè­cle retrou­vé à la bib­lio­thèque vat­i­cane a décrit les mir­a­cles qui ont établi la répu­ta­tion du sanc­tu­aire, bien au-delà des fron­tières qui attirèrent les pèlerins des qua­tre coins de l’Europe au pied de la Vierge chartraine.

Ces fidèles ont traîné de pleins char­i­ots, non seule­ment de pier­res des­tinées à la con­struc­tion de l’édifice, mais égale­ment de dons de toutes sortes à com­mencer par de purs joy­aux pour finir par les vivres des­tinées aux ouvri­ers du chantier, ain­si qu’en témoigne un vit­rail de l’époque, celui con­sacré aux Mir­a­cles de Notre-Dame, à gauche de la chapelle Vendôme, sur le bas côté sud.

Papes et rois vin­rent à Chartres et cer­tains n’ont pas hésité à ouvrir les cor­dons de leurs bours­es : Blanche de Castille et Saint-Louis ont offert la rose nord, Hen­ri III a fait plus de vingt séjours dans la cité et Hen­ri IV a trou­vé pra­tique de s’y faire couron­ner. Chartres valait bien une messe.

La plu­part des vit­raux ont été spon­sorisés par des par­ti­c­uliers et des cor­po­ra­tions. Ils sont en général représen­tés dans le pre­mier vit­rail, celui du bas, comme une sig­na­ture : les bouch­ers ont payé les Mir­a­cles de Notre-Dame, les marchands de pois­sons l’histoire de Saint-Antoine et de Saint-Paul l’ermite, les vignerons les vignes du zodi­aque et les travaux des mois. Les maçons, les boulangers, les marchands de four­rures et les drapiers, tout comme les cor­don­niers, les char­p­en­tiers, menuisiers, char­rons et ton­neliers n’ont pas voulu être en reste.

Le comte Thibault de Cham­pagne, tout comme Éti­enne Chardonel pour l’histoire de Saint-Nico­las ou Geof­frey Chardonel pour Saint-Ger­main d’Auxerre ou encore Pierre Maclerc, sa femme et ses enfants sont ain­si représen­tés pour avoir dûment con­tribué par leurs écus à pay­er ces ver­rières admirées depuis des siè­cles. Cette générosité n’était pas tout à fait dés­in­téressée, pas plus que celles de sociétés aujourd’hui comme EDF-GDF qui offre un siège épis­co­pal en métal argen­té : quelle publicité !

Ne nous leur­rons pas : il n’y a guère de dif­férence entre l’évêque et l’homme sand­wich d’autrefois ou un quel­conque foot­balleur por­tant le mail­lot d’un site de paris en ligne ou d’une com­pag­nie d’aviation exotique.

Mais surtout, mal­gré son prêchi-prêcha moral­isa­teur, l’Église a tou­jours encour­agé le vice : on a longtemps acheté des indul­gences. En clair, on pou­vait racheter ses pêchés ou s’offrir une place de Par­adis à crédit grâce à des dons en nature ou en espèces son­nantes et trébuchantes à la sainte Mère l’Église. Allez savoir pourquoi, seuls les rich­es, ceux qui, dit-on, auront plus de mal à entr­er au par­adis qu’à pass­er par le chas d’une aigu­ille, pou­vaient se per­me­t­tre un tel rachat. La cupid­ité comme l’avarice sont de vilains défauts. Alors com­ment croire à l’infaillibilité de l’Église ? Donne et tu recevras : à vous l’honneur, Messieurs les Ecclésiastiques…

Illus­tra­tion : Cathé­drale de Chartres (1830), par Jean-Bap­tiste Camille Corot (1796–1875), inven­taire du Musée du Louvre.


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