Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (18) : Le tour de chœur

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Jean Tex­i­er, plus con­nu sous le nom de Jehan de Beauce, n’est pas seule­ment l’auteur de la flèche du Clocher Neuf et du pavil­lon Renais­sance de l’horloge au pied de celui-ci. Entretemps, c’est-à-dire exacte­ment entre 1513 et 1520, les chanoines lui ont demandé de tra­vailler à la clô­ture du chœur. Offi­cielle­ment, ils désir­aient plus de soli­tude et de recueille­ment pour leurs offices.

Aujourd’hui, cette œuvre de style mi-flam­boy­ant mi-renais­sance ne fait pas l’unanimité. On sent que sa réno­va­tion n’est pas une pri­or­ité et que la pous­sière s’accumule sur la quar­an­taine de nich­es qui sont con­sacrées à la vie de la Vierge et de Notre Seigneur. Il est vrai que l’ensemble a été ter­miné sur près de deux siè­cles (de 1519 à 1714) et que dif­férents sculp­teurs ont donc imprimé leur pat­te avec plus ou moins de bon­heur : les douze pre­miers groupes sont l’œuvre d’un artiste parisien, Jean Soulas. François Marc­hand d’Orléans puis Nico­las Guy­bert, un imagi­er, Thomas Bondin, l’arlésien Jean de Dieu, Jean Tuby, Simon de Maz­ières ont apporté une con­tri­bu­tion plus ou moins impor­tante. Un artiste encore indéter­miné a com­posé pas moins de huit groupes vers 1520.

Au final, l’impression glob­ale reste for­cé­ment un peu hétéro­clite. Un groupe retient peut-être davan­tage l’attention, celui de l’Adoration des mages, qui fait face au vit­rail de la Belle Ver­rière, avec des per­son­nages en cos­tumes du temps de François 1er et une mignon­nette Marie si juvénile ten­ant dans ses bras menus un gros Jésus poupin qui s’agite dans tous les sens. Un effet sans doute de l’opération du précé­dent tableau, la Cir­con­ci­sion.

Cathédrale Notre-Dame de Chartres, Eure-et-Loir, Centre, France. La clôture du chœur.
Cathé­drale Notre-Dame de Chartres, Eure-et-Loir, Cen­tre, France. La clô­ture du chœur.

Ce Tour du Chœur si riche­ment lancéolé, si pom­peux, si pâtissier en un sens, surtout si, cerise sur le gâteau, on ajoute la stat­ue de la mon­u­men­tale stat­ue de la Vierge du fond de la nef, digne représen­tante de la sculp­ture pom­pière, est le signe même de la coupure volon­taire entre les chanoines et le com­mun des mor­tels, ces ouailles que l’on traite avec un vague mépris.

Pourquoi ces stalles de bois per­son­nal­isées, pourquoi tant de déco­rum, d’artifices, sinon pour impres­sion­ner le vul­gus pecus ? Pourquoi tous ces ors, tous ces mar­bres pour ceux qui prêchent l’humilité et la pau­vreté ? C’est pren­dre ces chré­tiens pour de mis­érables pêcheurs et des enfants de chœur de penser que les “pros” de la reli­gion sont au-dessus des réal­ités matérielles et aus­si peu exem­plaires que nos politi­ciens d’aujourd’hui. Sic tran­sit glo­ria mun­di…

Illus­tra­tion : Cathé­drale Notre-Dame de Chartres, Eure-et-Loir, Cen­tre, France. La clô­ture du chœur, Tan­go7174, Wikipé­dia.