Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (3) : La Vierge perd sa chemise !

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Les reliques ont tou­jours représen­té un enjeu majeur non seule­ment pour les édi­fices religieux mais pour les cités. On se sou­vient, par exem­ple, qu’à Tours, il a fal­lu lit­térale­ment vol­er le cadavre de l’évêque Mar­tin pour que Tours soit une place forte religieuse, ce que lui dis­putait Poitiers.

La chapelle Saint-Cœur de Marie
La chapelle Saint-Cœur de Marie, cathé­drale Notre-Dame de Chartres, Eure-et-Loir, Cen­tre, France

Un autre exem­ple célèbre, c’est celui de Saint-Marc. Venise voulait à tout prix se plac­er sous la pro­tec­tion d’un pro­tecteur céleste pres­tigieux. En 828, la cité des Doges a ain­si décidé de rem­plac­er Saint-Théodore et de rivalis­er avec le patron de Rome, Saint-Pierre. Elle a envoyé deux émis­saires pour ramen­er les reliques de l’apôtre, qui avait été mar­tyrisé près d’Alexandrie en Égypte. Prob­lème : le ter­ri­toire était en pays musul­man. Qu’à cela ne tienne, les deux faux marchands véni­tiens sont allés vol­er les reliques, les ont cachées dans un charge­ment de viande de cochon, ani­mal impur s’il en est pour les musul­mans, l’ont rap­a­trié ain­si pour que Marc et son lion devi­en­nent les sym­bol­es de la ville.

La basilique Saint-Marc fut con­stru­ite tout exprès pour pro­téger ce qu’il restait de l’apôtre. La Sérénis­sime pou­vait rivalis­er avec Rome avec comme jus­ti­fi­catif que Saint-Marc était venu évangélis­er la région par bateau, qu’il avait même fait naufrage et qu’un ange oppor­tun lui était apparu en 454 pour lui prédire : « Paix sur toi, Marc, mon évangéliste, tu trou­veras ici le repos. » Bonne pioche.

Chartres ne fait pas excep­tion à la règle : Notre-Dame ne se com­prend et ne se jus­ti­fie d’une cer­taine manière que parce qu’elle est l’écrin d’une relique sacrée entre toutes, le voile de Notre-Dame, autre­fois con­nu sous la dénom­i­na­tion de « Sainte Chemise », don­née en 876 par Charles le Chauve. Cette relique mar­i­ale atti­rait tous les pèlerins et Chartres était à l’époque ce que Lour­des est aujourd’hui en terme de pèleri­nage.

Le vête­ment, en fait, était une pièce de soie unie de 5m35 de long et de 0,46 cm de large, qui n’avait donc pas grand chose à voir avec ce qu’on entend aujourd’hui par chemise. Mais, comme la relique avait été cachée au regard du pub­lic jusqu’en 1712, on peut com­pren­dre l’approximation voire l’inadaptation de la désig­na­tion. Cela n’empêcha pas que la légende rap­porte qu’il a suf­fi à l’évêque Gan­telme de déploy­er la sainte relique en 911, alors que les Nor­mands assiégeaient la ville, Rol­lon en tête, pour que les Bar­bares, impres­sion­nés par ce morceau de tis­su, pren­nent leurs cliques et leurs claques et rebroussent mirac­uleuse­ment chemin… Ils s’enfuirent car­ré­ment à sa vue : belle arme de dis­sua­sion mas­sive, non ?

La Vierge perd sa chemise !

Ce qu’on sait moins ou même pas du tout, c’est que la Vierge fail­lit per­dre sa chemise à la Révo­lu­tion. En général, les his­to­riens se con­tentent de rap­porter : « Pen­dant la Révo­lu­tion, la sainte relique fut pro­fanée et dis­parut en par­tie. L’antique stat­ue de Notre-Dame de Sous-Terre fut brûlée sur le parvis en décem­bre 1793. » Cela reste bien vague. Voici l’explication que vous ne trou­verez nulle part ailleurs.

Ce qui s’est passé en réal­ité, pen­dant la péri­ode révo­lu­tion­naire, c’est que cer­tains cher­chèrent à tir­er prof­it de la sit­u­a­tion. On ne refait pas l’âme humaine. Le respon­s­able de la muti­la­tion n’est autre qu’un obscur bar­bi­er de Gal­lar­don, Bertrand Gou­vi­nois, d’après les archives com­mu­nales qui ont dis­paru depuis lors. Ce pau­vre bar­bi­er était impuis­sant et très pieux. Il se per­sua­da que la seule façon d’engrosser sa maîtresse tant aimée, une fille de ferme qui n’avait pas non plus toute sa tête, c’était d’avoir le tal­is­man, le porte-bon­heur infail­li­ble.

Prof­i­tant de la con­fu­sion générale, il s’était mêlé à la foule des révo­lu­tion­naires et réus­sit à mutil­er une bonne par­tie de la sacrée relique. Les détails trop scabreux pour être rap­portés impor­tent peu. Tou­jours est-il qu’il en habil­la la femme de ses pen­sées. Il ne se pro­duisit aucun résul­tat. Il eut beau pester, besogn­er et besogn­er encore, le ven­tre ne s’arrondit pas pour autant. De dépit, il finit par laiss­er tomber. Et il mit la relique sur un épou­van­tail, à la mer­ci des cor­beaux et des chou­cas. Un bien beau gâchis… Le reste du voile est bien sûr encore plus adoré et pro­tégé pour le plus grand bon­heur des pèlerins de tous bor­ds.

Illus­tra­tion : La chapelle Saint-Cœur de Marie, Cathé­drale Notre-Dame de Chartres, Eure-et-Loir, Cen­tre, France. Tan­go 7174 (28 sep­tem­bre 2008).