Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (6) : Labyrinthique

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Impos­si­ble d’y échap­per, impos­si­ble de l’éviter : le dal­lage de la cathé­drale de Chartres est mys­tique­ment lié à l’énigme de son labyrinthe. Tout le monde est d’accord sur au moins un point : il s’agit d’un par­cours ini­ti­a­tique, d’un itinéraire à déchiffr­er. En revanche, son inter­pré­ta­tion a lais­sé la porte ouverte aux expli­ca­tions par­fois les plus saugrenues ou les plus fan­tai­sistes.

Le labyrinthe de la cathédrale de Chartres
Le labyrinthe de la cathé­drale de Chartres

La ver­sion offi­cielle de l’Église est mar­quée par la pru­dence la plus élé­men­taire et de bon aloi. Le ven­dre­di, le pavage est décou­vert et des pan­neaux en plusieurs langues insis­tent sur le côté descente en soi-même, aven­ture intérieure, recherche de soi. Cela a un petit côté zen qui ne mange pas de pain béni.

Ce chemin fig­ur­erait aus­si le chemin de Jérusalem. Les géomètres de tous poils s’en sont don­nés à cœur joie : 12,87 mètres de diamètre pour un développe­ment de 250 mètres env­i­ron, voilà de quoi exciter les imag­i­na­tions. Cela donne des con­sid­éra­tions du genre : « les diamètres du labyrinthe et de la rosace occi­den­tale sont pra­tique­ment les mêmes. Le diamètre du labyrinthe fut prévu pour cor­re­spon­dre au dix­ième de la longueur intérieure de la cathé­drale. »

Les onze lignes par­al­lèles ont fait l’objet de tous les fan­tasmes d’où des con­clu­sions on ne peut plus dis­cuta­bles du genre : « Dans tous les cas, l’ouvrage était for­cé­ment des­tiné à un usage d’ordre spir­ituel et ésotérique de très haut niveau. Il faut, sans doute, aus­si y trou­ver le sym­bole de la vie et de la mort indis­pens­able à l’initiation d’une autre vie ! C’est prob­a­ble­ment aus­si un résumé du cos­mos, de l’univers et du micro-cos­mos dont le cen­tre à attein­dre est tenu par l’architecte régis­sant l’ensemble de tous les chem­ine­ments. Une sorte de par­cours “au cen­tre” qui est l’issue inéluctable. Mais n’y aurait-il pas une autre expli­ca­tion ? » Mais si, Coco, il y en a une autre et pas besoin de chercher midi à qua­torze heures, de faire com­pliqué quand c’est si sim­ple…

Les cal­culs algébriques ou géométriques ne sauraient en effet tout expli­quer. On a aus­si beau­coup pen­sé au Mino­tau­re et à Thésée, à ce dédale que seul le fil d’Ariane a per­mis de vain­cre. Mais la cathé­drale de Chartres, ce n’est pas la Crète, et on ne se perd pas dans ce dédale, con­traire­ment aux jeux de la fête foraine ou aux mod­erne labyrinthes végé­taux. À Chartres, ce n’est pas un labyrinthe car il n’y a qu’un chemin pos­si­ble et qu’on ne risque pas de se retrou­ver dans un cul-de-sac !

Labyrinthique

Juste­ment, pour com­pren­dre cette énigme du labyrinthe, il suf­fit d’un peu de logique. Ce labyrinthe n’en est donc pas vrai­ment un, car l’on ne doit pas s’y per­dre. Il ne débouche ni sur une série d’impasses ni sur une impos­si­ble sor­tie. Au con­traire, il s’agit d’un par­cours bal­isé, imposé, avec une entrée et une sor­tie, une sorte de vis­ite guidée, fléchée. Tout est là. On entre, on chem­ine et on sort, juste de manière non linéaire par un itinéraire imposé.

Réfléchissons encore un peu. Le labyrinthe est au cœur de la cathé­drale Notre-Dame. En fait, pas vrai­ment le cœur mais plus exacte­ment aux entrailles. Pensez à la prière à la Vierge : « et le fruit de vos entrailles est béni… » Bon Dieu, Eurê­ka, mais c’est bien sûr, le labyrinthe de Chartres, ce sont les intestins de la Vierge, son Ven­tre, là où tout se trans­forme jusqu’à l’Anus Dei (Que le Rec­tum de la cathé­drale nous absolve pour ce mau­vais jeu de mots !)

Ce labyrinthe est bel est bien la représen­ta­tion des entrailles de Notre-Dame, une pro­jec­tion d’un autre lieu de cir­con­vo­lu­tions, entre Ciel et Terre, le pas­sage du corps à l’Esprit, des entrailles… au cerveau ! Le cerveau a cette même con­fig­u­ra­tion en méan­dres que le colon. Et la rosace n’est autre que la pro­jec­tion extérieure qui per­met de pass­er du sol au solaire, de l’interne à l’externe, de la Terre aux Cieux : Notre Dame qui êtes aux cieux…

La cathé­drale doit être con­sid­érée comme une véri­ta­ble prière en pierre à la Vierge. Elle lui est con­sacrée. C’en est une fig­ure, pas seule­ment mys­tique mais tout d’abord char­nelle, trans­fig­urée ensuite. Le labyrinthe est la représen­ta­tion de la chair de Marie où le chré­tien est invité à entr­er, en s’initiant à aller sur les chemins du spir­ituel. Cela com­mence dans le ven­tre de la Mère et le voy­age fécond est un par­cours vers la Lumière. Il y a eu un temps de ges­ta­tion après la fécon­da­tion, avant la (re)naissance aux joies de l’esprit. Que les yeux s’ouvrent…

Ce labyrinthe n’est donc nulle­ment un lieu où l’on se perd mais où l’on se (re)trouve. Il n’y a rien de vrai­ment mys­térieux et, au con­traire de ce que l’on dit générale­ment, l’explication est on ne peut plus terre à terre…

Illus­tra­tion : Le labyrinthe de la cathé­drale de Chartres, Gérald Béhuret (1999).


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