Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (7) : Si Modeste avec ça !

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

La pre­mière mar­tyre char­traine n’est autre que la trop mécon­nue Sainte Mod­este. Mod­estie oblige, sans doute, on ne sait rien d’elle ou presque jusqu’à présent. Elle a pour­tant sa stat­ue sur le Por­tail Nord, sur le côté de la baie de droite, à prox­im­ité de la stat­ue mutilée de Saint Poten­tien, apôtre des Gaules.

Sainte-Modeste (Cathédrale de Chartres)
Sainte-Mod­este (Cathé­drale de Chartres)

Sainte Mod­este fait un geste de béné­dic­tion de la main droite et tient un man­u­scrit de la gauche. Sous ses pieds, le puits des saints Forts. Elle est vêtue d’une longue robe et d’une cape plis­sée ; elle ramène d’ailleurs son drapé avec la même main qui tient le saint Évangile. Elle appa­raît comme le type de beauté vir­ginale souri­ante, ses longs cheveux sou­ples encad­rant un vis­age apaisé. Pour­tant, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle en aura bavé.

Issue d’un milieu aisé, elle avait, dès son plus jeune âge, été élevée par une con­gré­ga­tion religieuse. Elle y avait appris à lire, écrire et compter, ce qui était à l’époque aus­si rare pour une femme qu’aujourd’hui à un enfant de pri­maire. Elle menait une vie ascé­tique qui lui plai­sait fort au demeu­rant, n’ayant que pour saines dis­trac­tions que la musique et la tapis­serie. Elle vivait exclu­sive­ment entourée de femmes mais, bien sûr, ne man­quait pas de ren­dre ses devoirs fil­i­aux. Elle se rendait aus­si tous les jours à l’église pour prière.

Sainte Modeste

Sa vie était d’une grande monot­o­nie, d’une grande médi­ocrité même qui lui seyait à mer­veille. Or, un jour, le cours des choses dérail­la. Alors qu’elle se rendait à l’église, dument chap­er­on­née, elle fut aperçue par un cav­a­lier romain, un offici­er aus­si laid que cru­el.

Aus­sitôt, il voulut la pos­séder. Avec l’aide de ses acolytes, elle lui échap­pa pro­vi­soire­ment. Le lende­main, il revint au même endroit et à la même heure avec une demi douzaine de soudards. Cette fois-ci, elle ne put résis­ter. Les sol­dats exter­minèrent les suiv­antes sans coup férir. Ils enlevèrent Mod­este aux bras blancs. Ses par­ents payèrent la rançon demandée mais ne revirent jamais leur fille.

Celle-ci refusa les avances de son bour­reau. Il la fit vio­l­er par tous les sol­dats. Cela ne la découragea pas et elle con­tin­ua à se refuser à lui. Cela l’excita davan­tage. Elle eut les yeux crevés, les pha­langes des doigts et le bout des seins coupés : rien n’y fit. Elle con­tin­u­ait à fait non de la tête, sans se débat­tre et sans crier. Elle fut désha­bil­lée et traînée au milieu de la place. On admi­ra le nacré de sa peau puis on lui brisa les os menu. Les chiens errants et les porcs s’en approchèrent mais la délais­sèrent. Mod­este con­tin­ua à s’obstiner.

Le vilain offici­er, de rage et de dépit, l’éventra. Elle souf­frit le mar­tyre sans se plain­dre, les mains liées, per­dant son sang, se vidant de ses tripes, mais elle con­tin­u­ait à vivre. Elle refusa qu’on lui ceigne une couronne d’épines, esti­mant qu’elle n’en était pas digne. On cracha sur elle, on uri­na sur son corps pan­te­lant et grotesque sans provo­quer la moin­dre réac­tion. La belle jeune fille n’était plus qu’une charpie.

Quand elle ren­dit son dernier souf­fle, les cochons se chargèrent de faire dis­paraître son cadavre : impos­si­ble ain­si de con­serv­er une sainte relique ni de célébr­er la mémoire de cette inno­cente vir­ginale. Par une sorte d’excès de mod­estie même, on n’entendit même plus par­ler d’elle et Chartres ne mit guère en avant sa si hum­ble mar­tyre. Comme quoi, trop de mod­estie nuit.

Illus­tra­tion : Sainte Mod­este, cathé­drale de Chartres.


1 réflexion sur « Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (7) : Si Modeste avec ça ! »