Sarkoshow : le “rendez-vous des fayots” et des maladroits !

Face à plus de 600 jour­nal­istes, le Prési­dent a fait du petit bois avec les médias, sans ren­con­tr­er de dif­fi­culté majeure. La con­férence de presse for­mat grand-messe de ce mar­di 8 jan­vi­er a réu­ni plus de 600 jour­nal­istes (Cham­pagne !), selon l’Élysée. Parterre de caméras dans la cour du Palais, estrade bondée de pho­tographes face à la tri­bune, con­frères ser­rés sous les lam­bris, trop nom­breux pour les chais­es mis­es à leur dis­po­si­tion.

Les stars de la pro­fes­sion ont fait le déplace­ment, de Serge Moati à Guy Car­li­er, de Paul Amar à Paul Nahon, en pas­sant par Françoise Labor­de. Les patrons de presse aus­si : Robert Namias, directeur général adjoint en charge de l’information de TF1, Nico­las Beytout, nou­veau directeur des Échos, Lau­rent Jof­frin, directeur de Libéra­tion, Valérie Lecas­ble, direc­trice de I-télé, Bruno Frap­pat, prési­dent du direc­toire de La Croix, entre autres… Dès la fin de son dis­cours d’introduction con­sacré à la décli­nai­son de son nou­veau con­cept, la fameuse « poli­tique de civil­i­sa­tion » qu’il a, paraît-il, peaufiné la veille en ren­con­trant Edgar Morin, Nico­las Sarkozy iro­nise : « Je me rends compte que je ne vous ai pas présen­té de vœux, mais je vous vois si heureux ! » Une petite vanne en direc­tion d’un secteur en crise pour com­mencer, le ton est don­né. Face à un Sarkozy en grande forme, il eût fal­lu, au moins, une bonne dose de sol­i­dar­ité jour­nal­is­tique. On la cherche encore.

France 24, le JDD, BFM

« On n’organise rien du tout », lance le Prési­dent pour don­ner le coup d’envoi. De fait, c’est inutile : le micro ne cir­culera que par­mi les jour­nal­istes assis face à la tri­bune, sans jamais s’égarer entre les mains de ceux qui n’auraient pas suivi Nico­las Sarkozy ou ne seraient pas con­nus de lui. Les hos­til­ités s’ouvrent sans atten­dre. À Rose­lyne Feb­vre de France 24, il rap­pelle qui est le patron : « votre vie poli­tique a com­mencé il y a huit mois, avec moi », lâche-t-il, énig­ma­tique. Comme elle l’interroge sur son pos­si­ble remariage, il fait savoir qu’en tout cas « ce n’est pas le JDD qui en fix­era la date ». La flagorner­ie ne paie plus, les jour­nal­istes ont beau déclin­er les vœux de bonne année au Prési­dent, aucun média n’est épargné. Si vous ne voulez pas que j’affiche ma vie privée, explique-t-il en sub­stance à une jour­nal­iste de BFM qui cri­tique son « style », « vous n’enverrez plus de reporters de BFM TV pour me suiv­re partout ».

…Les Échos, Libé, Jof­frin et les édi­to­ri­al­istes…

Pen­dant plus d’une heure, tous les titres en pren­nent pour leur grade, sans que leurs représen­tants ne puis­sent répli­quer : il n’y a pas de droit de suite dans les con­férences de presse prési­den­tielles, et sur ce point, Nico­las Sarkozy n’a pas changé le pro­to­cole. L’adjectif « ridicule » s’abat sur les grat­te-papi­er une bonne dizaine de fois. Le Prési­dent tacle, par exem­ple, les « grandes déc­la­ra­tions un peu ridicules sur la pro­priété des jour­naux », visant incidem­ment la rédac­tion des Échos qui s’est opposée à son rachat par Bernard Arnault. Quant à Lau­rent Jof­frin, après avoir essuyé un « vous n’avez trou­vé que ça ? » pour qual­i­fi­er sa ques­tion, il se voit rap­pel­er les dif­fi­cultés économiques de Libéra­tion : « Vous devez savoir ce que c’est que la dif­fi­culté de trou­ver un lec­torat. » Un peu plus tard, inter­rogé sur la crise des sub­primes, le Prési­dent ajoute : « si j’étais inqui­et, je ne ferais pas Prési­dent de la République, ce n’est pas un méti­er pour inqui­ets. J’en con­nais de plus calmes, comme édi­to­ri­al­iste. »

LCI, France 3, Europe 1, et encore Jof­frin

Non con­tent de ren­voy­er les jour­nal­istes dans les cordes, l’interrogé botte sys­té­ma­tique­ment en touche. « Ce n’était pas tout à fait votre ques­tion mais c’est tout à fait ma réponse », assène-t-il à Ani­ta Hauss­er, de LCI. A une jour­nal­iste de France 3 qui se dit choquée par l’expression « dis­crim­i­na­tion pos­i­tive », il répond que le vocab­u­laire n’a pas d’importance. Quelques min­utes plus tard, à Lau­rent Jof­frin qui l’accuse de trans­former la République en une « monar­chie élec­tive », il fait remar­quer, à l’inverse, que « les mots ont un sens » et que cette expres­sion ne veut rien dire. Quand, enfin !, un jour­nal­iste d’Europe 1 demande pré­cisé­ment si les 35 heures seront sup­primées en 2008, la réponse est laconique : « Oui », sans aucun développe­ment. Curieux, surtout de la part de quelqu’un qui vient de met­tre en avant le paiement des heures sup­plé­men­taires comme solu­tion à la crise du pou­voir d’achat. Sur quelle base seront réal­isées les heures dites « sup­plé­men­taires » si la durée légale du tra­vail change ? Mys­tère. On n’en saura pas plus, puisqu’aucune des ques­tions lais­sées sans réponse ne sera jamais reposée. C’est la règle du cha­cun pour soi. Les rires fusent même pour accom­pa­g­n­er les boutades du Prési­dent, y com­pris lorsqu’elles se font aux dépens d’un col­lègue. Lau­rent Jof­frin — encore lui — n’est pas le seul à en avoir fait les frais.

Un cock­tail attend la foule des « jour­nal­istes de base » après deux heures de lam­i­nage. Le bilan n’est pas bril­lant. Beau­coup se dis­ent déçus, insat­is­faits. Les ques­tions, trop générales et dis­per­sées, sur la crise de la presse, la crise économique mon­di­ale, l’enthousiasme des Français ou la « fail­lite de l’État», ont per­mis à l’interviewé de rester très flou. Les rares cri­tiques étaient si édi­to­ri­al­isantes qu’elles n’ont pas con­traint le Prési­dent à s’expliquer sur les prob­lèmes pré­cis que soulève sa poli­tique. Vin­di­catif, un jour­nal­iste du Canard Enchaîné s’exclame car­ré­ment que c’est « le ren­dez-vous des fay­ots ! » (en un lan­gage plus imagé, que la décence nous inter­dit de repro­duire ici). A la fin du show, dans la cour de l’Élysée, la télé inter­viewe les jour­nal­istes pour recueil­lir leurs impres­sions. On se tend mutuelle­ment le micro, dans une mise en abîme qui laisse per­plexe. Après une telle dérouil­lée, le miroir n’est pour­tant pas des plus flat­teurs.


* Ques­tion de Lau­rent Jof­frin sur la monar­chie élec­tive

* Ques­tion sur la vie privée du prési­dent de la République

- Voir cet arti­cle sur son site d’origine
 — Auteur : A. Bor­rel, Marianne2.fr
 — Source : Respub­li­ca n°574, ven­dre­di 11 jan­vi­er 2008


Auteur : Lafontanelle

Hylotrupes bajulus les soirs de pleine lune...

3 réflexions sur « Sarkoshow : le “rendez-vous des fayots” et des maladroits ! »

  1. Euh… il y a encore des jour­nal­istes indépen­dants en France ?

    Ah atten­dez… un mes­sage par oreil­lette adn wi-fi made in dic­tature…

    Je reprends donc sur un sujet de fond très intéres­sant :
    ” Car­la et Nico­las, c’est pour quand ?”

  2. Et Valérie LECASBLE, ne serait-ce pas l’épouse de M. Airy ROUTIER, l’auteur du minable papi­er sur le SMS Sarkozien sur le site nouvelobs.com (dont l’objectif con­sis­tait à vic­timiser le chef de l’UMP) ?

    Elle n’est autre que la Direc­trice Générale de i télé et de l’info sur Canal+, chaîne qui a été la pre­mière à “exploiter” cette info et à la propager !

    Comme quoi, tout peut se régler “en famille” !!!