Demain c’est loin !

L’en­cre coule, le sang se répand, la feuille buvard
Absorbe l’é­mo­tion, sac d’im­age dans ma mémoire
Je par­le de ce que mes proches vivent et de ce que je vois,
Des mecs coulés par le dés­espoir qui par­tent à la dérive

Des mecs qui pour 20.000 de shit se déchirent
Je par­le du quo­ti­di­en, écoute bien mes phras­es font pas rire
Rire, sourire, cer­tains l’ont per­du je pense à Momo
Qui m’a dit à plus, jamais je ne l’ai revu

Ten­ter le dia­ble pour sor­tir de la galère, t’as gag­né frère
Mais c’est tou­jours la mis­ère pour ceux qui poussent derrière
Pousse pouss­er au milieu d’un champs de béton
Grandir dans un park­ing et voir les grands faire ren­tr­er les ronds

La pau­vreté, ça fait gam­berg­er en deux temps trois mouvements
On coupe, on com­presse, on découpe, on emballe, on vend
À tour de bras, on fait ren­tr­er l’ar­gent du crack
Ouais, c’est ça la vie, et par­le pas de RMI ici ici

Ici, le rêve des jeunes c’est la Golf GTI, survet’ Tacchini
Tomber les femmes à l’aise comme Many
Sur Scar­face, je suis comme tout le monde je délire bien
Dieu mer­ci, j’ai gran­dis, je suis plus malin, lui il crève à la fin

La fin, la faim, la faim jus­ti­fie les moyens, 4, 5 coups malsains
Et on tient jusqu’à demain, après on ver­ra bien
On marche dans l’om­bre du malin du soir au matin
Tapis dans un coin, couteau à la main, ban­dit de grand chemin

Chemin, chemin, y’en a pas deux pour être un dieu
Frap­per comme une enclume, pas tomber les yeux, l’en­vieux tou­jours en veut
Une route pour y entr­er deux pour s’en sor­tir, 3/​4 cuir
Réus­sir, s’é­vanouir, devenir un souvenir

Sou­venir être si jeune, en avoir plein le répertoire
Des gars rayés de la carte qu’on efface comme un tableau tch­paou ! c’est le noir
Croire en qui, en quoi, les mecs sont tous des miroirs
Vont dans le même sens, veu­lent s’en met­tre plein les tiroirs

Tiroir, on y passe notre vie, on y finit avant de con­naître l’enfer
Sur terre, on con­stru­it son paradis
Fic­tion, désil­lu­sion trop forte, sors le chichon
La réal­ité tape trop dure, besoin d’évasion

Éva­sion, éva­sion, effort d’imag­i­na­tion, ici tout est gris
Les murs, les esprits, les rats la nuit
On veut s’échap­per de la prison, une aigu­ille passe, on passe à l’action
Fausse diver­sion, un jour tu pètes les plombs

Les plombs, cer­tains chanceux en ont dans la cervelle
D’autres se les envoient pour une poignée de biftons, guerre fraternelle
Les armes poussent comme la mau­vaise herbe
L’im­age du gang­ster se propage comme la gan­grène sème ses graines

Graines, graines, graine de délin­quant qu’e­spériez-vous ? Tout jeunes
On leur apprend que rien ne fait un homme à part les francs
Du franc tireur dis­cret au groupe organ­isé, la racine devient champs
Trop grand, impos­si­ble à arrêter

Arrêté, pois­seux au départ, chanceux à la sortie
On prend trois mois, le bruit court, la répu­ta­tion grandit
Les bar­reaux font plus peur, c’est la rou­tine, vul­gaire épine
Fine esquisse à l’en­cre de Chine, fig­urine qui par­fois s’anime

S’anime, ani­mé d’une furieuse envie de monnaie
Le noir tombé, qu’im­porte le temps qu’il fait, on jette les dés, faut flamber
Per­dre et gag­n­er, ren­tr­er avec quelques papiers en plus
Ça aidera, per­son­ne deman­dera d’où ils sont tombés

Tomber ou pas, pour tout, pour rien on prend le risque, pas grave cousin
De toute façon dans les deux cas, on s’en sort bien
Vivre comme un chien ou un prince, y’a pas photo
On fait un choix, fait griller le gig­ot, bril­lent les joyaux

Joy­aux, un rêve, plein les poches mais la cible est trop loin, la flèche
Ric­oche, le dia­ble rajoute une encoche trop moche les mecs cochent
Leur pro­pre case, décochent pour du cash, j’en­tends les cloches, à coups de pioche
Creuser un trou, c’est trop fastoche

Fas­toche, facile le blou­son du bour­geois docile des mêmes la hantise
Et porce­laine dans le pare-brise
Tchac ! le rasoir sur le sac à main, par ici les talbins
Ça c’est toute la journée, lende­main, après lendemain

Lende­main ? C’est pas le prob­lème, on vit au jour le jour
On n’a pas le temps ou on perd de l’ar­gent, les autres le prennent
Demain, c’est loin, on n’est pas pressé, au fur et à mesure
On avance en sur­veil­lant nos fess­es pour par­ler au futur

Futur, le futur ne chang­era pas grand-chose, les généra­tions prochaines
Seront pires que nous, leur vie sera plus morose
Notre avenir, c’est la minute d’après le but, anticiper
Prévenir avant de se faire clouer

Clouer, clouer sur un banc rien d’autre à faire, on boit de la bière
On sif­fle les gaz­ières qui n’ont pas de frère
Les murs nous tien­nent comme du papi­er tue-mouches
On est là, jamais on s’en sor­ti­ra, Satan nous tient avec sa fourche

Fourche, enfourcher les risques sec­onde après seconde
Chaque occa­sion est une pierre de plus ajoutée à nos frondes
Con­tre leurs lasers, cer­tains dés­espèrent, beau­coup touchent terre
Les obstinés refusent le com­bat suicidaire

Sidère, sidérés, les dieux regar­dent l’hu­main se diriger vers le mauvais
Côté de l’é­ter­nité d’un pas décidé
Préfèreront rôder en bas en haut, on va s’emmerder
Y’a qu’i­ci que les anges vendent la fumée

Fumée, encore une bouf­fée, le voile est tombé
La tête sur l’or­eiller, la merde un instant estompée
Par la fenêtre, un cri fait son entrée, un homme se fait braquer
Un enfant se fait ser­rer, pour une Carti­er menotté

Menot­té, pieds et poings liés par la fatalité
Pris­on­nier du don­jon, le des­tin est le geôlier
Le teurf l’arène on a gran­di avec les jeux
Glad­i­a­teur courageux, mais la vie est cori­ace, on lutte comme on peut

Dans les con­struc­tions élevées
Incom­préhen­sion, ban­des de goss­es soi-dis­ant mal élevés
Fric­tions, exci­ta­tion, patrouilles de civils
Trouille inutile, légen­des et mythes débiles

Haschich au kilo, poètes armés de stylo
Réserves de créa­tiv­ité, hangars, silos
Ça file au bloc 20, pack de Heineken dans les mains
Oubli­er en tirant sur un gros joint

Princess­es d’Afrique, fille mère, plastique
Plein de colle, raclo à la masse lunatique
Économie par­al­lèle, équipe dure comme un roc
Petits Don qui con­trô­lent grave leurs spots

On pète la Veuve Cliquot, par­qués comme à Mexico
Hori­zons cimen­tés, pick­pock­ets, toxicos
Per­son­nes hon­nêtes ignorées, super­flics, Zorros
Politi­ciens et jour­nal­istes en vis­ite au zoo

Musul­mans respectueux, pères de famille humbles
Baf­fles qui blas­tent la musique de la jungle
Entrées dévastées, car­cass­es de tires éclatées
Nuée de goss­es qui vien­nent gratter

Lumières oranges qui s’al­lu­ment, chem­inées qui fument
Par­ties de foot impro­visées sur le bitume
Golf, VR6, pneus qui crissent
Silence brisé par les sirènes de la police

Polos Façonnable, survête­ments minables
Mères aux traits de car­ac­tère admirables
Chi­chon bidon, his­toires de prison
Stu­pides divi­sions, amas de tisons

Clichés d’Ori­ent, cui­sine au piment
Jolis noms d’ar­bres pour des bâti­ments dans la forêt de ciment
Désert du midi, soleil écrasant
Vie la nuit, pen­dant le mois de Ramadan

Pas de dis­trac­tions, se créer un peu d’action
Jeu de dés, de con­trée, paris d’ar­gent, méchante attraction
Rires inin­ter­rom­pus, arresta­tions impromptues
Maires d’ar­rondisse­ment corrompus

Marcher sur les seringues usagées, rêver de voyager
Autora­dios en affaire, lot de chaînes arrachées
Bougre sans retour, psy­chopathe sans pitié
Meilleurs liens d’ami­tié qu’un type puisse trouver

Génies du sport faisant leurs class­es sur les ter­rains vagues
Nou­velles blagues, ter­ri­bles tech­niques de drague
Indi­vid­u­al­ités qui craque­nt parce que stressées
Per­son­ne ne bouge, per­son­ne ne sera blessé

Vapeur d’éther, d’eau écar­late, d’alcool
Four­gon de la Brink’s maté comme le pactole
C’est pas drôle, le chien mord enfer­mé dans la cage
Bave de rage, les bar­reaux grimpent au deux­ième étage

Deal­er du haschisch, c’est sage si tu veux sor­tir la femme
Si tu plonges, la ferme, et pas de drame
Mais l’é­cole est pas loin, les ennuis non plus
Ça com­mence par des tapes au cul, ça finit par des gardes à vues

Regarde la rue, ce qui change ? Y’a que les saisons
Tu baves du béton, crache du béton, chie du béton
Te bas pour du laiton, est-ce que ça rapporte
Regrette pas les biftons quand la bac frappe à la porte

Trois couleurs sur les affich­es nous trait­ent comme des bordilles
C’est pas Manille ok, mais les cig­a­rettes se torpillent
Coupable inno­cent, ça par­le cash, de pour cent
Œil pour œil, bouche pour dent, c’est stressant

Très tôt, c’est déjà la famille dehors, la bande à Kader
Va niquer ta mère, la merde au cul, ils par­lent déjà de travers
Pas facile de par­ler d’amour, tra­vail à l’usine
Les belles gazelles se brisent l’é­chine dans les cuisines

Les élus ressas­sent réno­va­tion ça rassure
Mais c’est tou­jours la même merde, der­rière la dernière couche
De pein­ture, feu les rêves gisent enter­rés dans la cour
À douze ans con­duire, mourir, finir comme Tupac Shakur

Mater les pho­tos, majeur aujour­d’hui, poto
Pas mal d’amis se sont déjà tués en moto
Une fois tu gagnes, mille fois tu perds, le futur c’est un loto
Pour ce, je dédie mes textes en qual­ité d’ex-voto, mec

Ici t’es jugé à la répu­ta­tion forte
Manque-toi et tous les jours les bougres pis­sent sur ta porte
C’est le tarif min­i­mum et gaffe
Ceux qui pèsent trans­for­ment le secteur en oppidum

Gelé, l’am­biance s’élec­trise, y’a plein de places assises
Béton figé fait office de froide banquise
Les goss­es veu­lent sor­tir, les “non” tombent comme des massues
Les artistes de mon cul, pom­pent les sub­ven­tions DSU

Tant d’én­ergie per­due pour des préjugés indus
Les décideurs financiers plein de merde dans la vue
En atten­dant, les espoirs foirent, capo­tent, cer­tains rappent
Les pier­res par­tent, les caiss­es volées dérapent

C’est le bor­del au lycée, dans les couloirs on ouvre les extincteurs
Le quarti­er devient le ter­rain de chas­se des inspecteurs
Le dos a un œil car les eaux sont truf­fées d’écueils
Recueille le blé, on joue aux dés dans un som­bre cercueil

C’est trop, les potos chient sur le pro­fil Roméo
Un tchoc de popo, faire les fils et un bon rodéo
La vie est dure, si on veut du rêve
Ils met­tent du pneu dans le shit et te vendent ça Ramsellef

Tu me diras “ça va, c’est pas trop”
Mais pour du tch­er­no, un hami­dou quand on a rien, c’est chaud
Je sais de quoi je par­le, moi, le bâtard
J’ai dû fêter mes vingt ans avec trois bouteilles de Valstar

Le spot bout ce soir qui est le King
D’en­trée, les murs sont réservés comme des places de parking
Mais qui peut com­pren­dre la main pleine
Qu’un type à bout frappe sec poussé par la haine

Et qu’on ne naît pas pro­gram­mé pour faire un foin
Je pense pas à demain, parce que demain c’est loin

Source : Demain C’est Loin, extrait de l’al­bum L’É­cole du Micro d’Ar­gent, IAM (Dela­bel, 1997). Clip : Kamel Saleh (1997).


Auteur/autrice : Lafontanelle

Hylotrupes bajulus les soirs de pleine lune...

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