Les Nouvelles Vénitiennes (1) : Le Bossu du Rialto

Les Nouvelles Vénitiennes

Courir nu de San Mar­co au Rial­to entre deux files de pop­u­lace, croyez-moi, ça n’a rien d’ex­ci­tant ni de rigo­lo. Encore moins quand cette sale pop­u­lace vous lance non seule­ment des lazzi, des quoli­bets et toutes sortes de noms d’oiseaux mais aus­si des fruits pour­ris et vous fou­ette les jambes et le dos !

Le Bossu du Rialto à Venise
Le Bossu (ou Gob­bo) du Rial­to à Venise

Ah non, vive­ment que ça finisse, c’est moi qui vous le dis ! Vive­ment qu’on embrasse le Bossu, cette stèle de pierre au milieu des étals du marché du Rial­to et qu’on en par­le plus… C’est du haut de cette petite colonne de por­phyre et sa sculp­ture d’homme au dos cour­bé que le héraut a lu ma con­damna­tion pour vol et que j’ai été con­damné, avec les citoyens ban­nis de la ville, à courir à poil dans les rues de la cité.

Ça les fait rire, ces cha­cals, ces rapaces, de nous voir cav­aler en trou­peau comme des dératés, comme des pourceaux vers l’a­bat­toir. Ils se foutent car­ré­ment de notre fiole et de nos mem­bres ! Je t’en collerai des com­men­taires et mon pied au der­rière s’ils m’en lais­saient le loisir !

Le Bossu du Rialto

Mais voilà, il me faut juste courir, courir comme si j’avais le dia­ble aux trouss­es, courir sans même par­tir à point. Qu’il est long ce chemin avec ces grands benêts qui rigo­lent tout leur saoul… Moquez-vous donc, pau­vres niais, un jour ce sera votre tour et je m’en rigol­erai bien davan­tage encore !

Tout ça pour une pec­ca­dille, pour un « emprunt », un vol de rien du tout. Et je me suis lais­sé bête­ment sur­pren­dre, ah vrai­ment, il est des jours où c’est pas de chance… Alors que sa volon­té soit faite, ça ne m’empêchera pas de recom­mencer.

Ça m’ap­pren­dra à ne pas assez me méfi­er. Jusque-là, j’ai tou­jours eu la madone avec moi. Tout cela n’est pas bien méchant. Il parait qu’il y a des con­trées où, pour un rien, on vous coupe la main, quand ce n’est pas le kiki ! Quels bar­bares !

Allez, encore quelques foulées. Nous voilà bien­tôt arrivés. On étreint le Bossu et on se fait oubli­er quelques temps. Il va fal­loir jouer ser­ré et être plus pru­dent. Je jure, un peu tard, qu’on ne m’y repren­dra plus !

Illus­tra­tion : Le Bossu du Rial­to à Venise, Maître Renard (17 févri­er 2006).
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