Nouvelles mystérieuses de la cathédrale de Chartres (1) : Sacré Fulbert !

Les Nouvelles Mystérieuses de la Cathédrale de Chartres

Le sculp­teur Bernard Dami­ano a don­né une image par­faite­ment juste de l’évêque Ful­bert, celui qui œuvra tant pour la recon­struc­tion de la cathé­drale et pour son ray­on­nement dans l’ensemble de la chré­tien­té. Ce bronze, sur le parvis, fait face au Por­tail Roy­al et aux tours incom­pa­ra­bles : il donne à juste titre l’idée d’un homme tour­men­té.

Si on se réfère à l’hagiographie habituelle, on présente Ful­bert comme le Socrate médié­val, homme de grand savoir et enseignant. Évêque let­tré, bâtis­seur de l’église Notre-Dame, homme d’Église et de Paix, ce saint per­son­nage est représen­té comme tel sur le vit­rail qui lui a été con­sacré en 1954, ain­si que par une stat­ue dans la par­tie haute pour le cinquante-six­ième évêque de Chartres, sur l’un des con­tre­forts de la par­tie axi­ale du Tour du chœur.

Der­rière cet aspect lisse et bien policé, le vrai Ful­bert est tout autre. S’il était bel et bien un homme tour­men­té, avec un vis­age long et hâve, le teint nacré à force de pâleur, les yeux presque exor­bités, c’est qu’il était atteint d’un mal presque incur­able, le mal des ardents, autrement appelé le feu sacré de Saint-Antoine.

Vous pensez bien qu’un évêque pris de con­vul­sions, de spasmes douloureux, de diar­rhées, de vom­isse­ments et même d’hallucinations, ça la fichait mal. Pire même, ça le rendait sus­pect. À l’époque, pour moins que cela, vous risquiez de finir à l’asile, voire au bûch­er… Or Ful­bert n’était pas n’importe qui. Il avait été le con­seiller des princes et des rois, Hugues Capet puis Robert II qui le fit nom­mer évêque. On était dans la mouise. Com­ment ne pas faire pass­er Ful­bert pour un illu­miné, voire une créa­ture satanique ?

Sacré Fulbert !

L’image de la sainte église risquait d’en pren­dre un coup : atteinte intolérable d’autant que Ful­bert avait une solide répu­ta­tion à défendre, d’évêque mod­èle de con­science et d’intégrité et ce n’était pas, loin de là, le cas de tout le monde… Sans compter qu’il s’était démené comme un beau dia­ble pour financer la con­struc­tion d’une nou­velle basilique, dont il reste aujourd’hui la crypte, qu’il avait su con­va­in­cre les dona­teurs et les spon­sors du moment, et qu’il n’était pas ques­tion que des rumeurs malveil­lantes ou des doutes fassent baiss­er les dons.

On réu­nit donc un con­cil­i­ab­ule, auquel Ful­bert par­tic­i­pa pour trou­ver une solu­tion. On opta pour la plus auda­cieuse, la solu­tion mirac­uleuse au nom du vertueux principe que plus c’est gros, plus ça passe. On inven­ta de toutes pièces la légende que la Vierge elle-même vint le guérir en déposant sur les lèvres du malade quelques gouttes de son lait. On fit pass­er le mes­sage, mit la légende sur vit­rail et le tour fut joué. La morale était sauve… ou presque.

Aujourd’hui, la mal­adie de Ful­bert porte un nom sci­en­tifique : l’ergotisme. La cause sci­en­tifique en est un empoi­son­nement à long terme dû à l’ingestion d’alcaloïdes par l’ergot du sei­gle. À l’époque, on se nour­ris­sait surtout de pain de sei­gle et non de blé. Il n’était pas rare que l’été, au moment de la nou­velle récolte, ce mal des ardents fasse son lot de vic­times. Ceux qui ne finis­saient pas fous ou au cimetière, ten­taient le pèleri­nage jusqu’à St-Antoine l’Abbaye, en Isère. Le feu de Saint-Antoine guéris­sait et pour cause : les malades ne mangeaient plus de sei­gle et, la cause sup­primée, on met­tait sur le compte de la guéri­son mirac­uleuse l’intervention du saint… Comme quoi, il faut par­fois se méfi­er du bon pain !

Illus­tra­tions : Ful­bert de Chartres, Wikipé­dia. L’Évêque Ful­bert de Chartres (stat­ue en bronze de Bernard Dami­ano, Cathé­drale Notre-Dame de Chartres), Maître Renard.


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