Les Nouvelles Vénitiennes (6) : Sous les griffes du Lion (1re partie)

Les Nouvelles Vénitiennes

En novem­bre 1757, après trois jours et trois nuits par­ti­c­ulière­ment brumeux, on trou­va à l’entrée de l’Arsenal les corps atro­ce­ment déchi­quetés de deux marins, un Turc et un Mal­tais. Tous deux avaient débar­qué de deux bâti­ments dif­férents, de prove­nance et de des­ti­na­tions divers­es et a pri­ori ne pou­vaient se con­naître.

Arsenal de Venise - Sous les griffes du Lion
Arse­nal de Venise — Lion

Les postes de garde n’avaient rien noté de sus­pect, le brouil­lard n’ayant guère per­mis de not­er grand chose… Cepen­dant, l’état des corps des vic­times ne las­sait pas d’étonner avec de larges grif­fures, comme dépecées par quelque bête sauvage.

Sous les griffes du Lion

On enquê­ta pour véri­fi­er qu’aucun ani­mal ne s’était échap­pé d’un zoo ou d’une ménagerie, voire d’un cirque ambu­lant : en vain. Une rumeur com­mença à enfler : les muti­la­tions étaient dues aux lions de pierre sta­tion­nés à l’entrée de l’Arsenal. Par quelque malé­fice, un mage ou un sor­ci­er avait redonné vie à ces mon­stres de mar­bre et lâché ces fauves san­guinaires au hasard, prof­i­tant du brouil­lard.

En ces temps de cré­dulité et d’absence de police sci­en­tifique, il fal­lut aus­si faire taire la rumeur. On véri­fia que les lions n’étaient pas creux. Ils ne l’étaient pas. Mais, sur­prise, des lam­beaux de chair humaine appar­tenant aux vic­times furent trou­vés à prox­im­ité et des traces de sang séché brunis­saient les pattes de pierre de deux des qua­tre stat­ues.

La rumeur ne fit qu’amplifier. Les autorités étaient dans l’embarras. Elles envis­agèrent d’arrêter les lions ou tout du moins de les déplac­er. Elles hésitèrent à don­ner dans le ridicule. Or, moins d’une semaine plus tard, on retrou­va un nou­veau corps déchi­queté après une nou­velle tem­pête.

« Sous les griffes du Lion (1re par­tie) », six­ième épisode des Nou­velles véni­ti­ennes de Maître Renard.
 — Lire la nou­velle précé­dente : On a volé Saint-Marc !.
 — Lire la suite : La calle Amor dei Ami­ci.


1 réflexion sur « Les Nouvelles Vénitiennes (6) : Sous les griffes du Lion (1re partie) »

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.